Catégorie Allonz’Enfants

Les Loyautés, Delphine de Vigan

En lisant (d’une traite) « Les Loyautés », Nathalie Riché a pensé à chaque page que ce nouveau roman de Delphine de Vigan pouvait aussi captiver les ados ! Sa chronique :

 

Delphine de Vigan renoue avec le style de ses précédents romans, Les Heures souterraines ou No et moi. Avec Les Loyautés, roman sobre et puissant à la fois, elle explore les failles de l’enfance et touchera un large public, au premier chef, celui des grands adolescents.

 

 

« J’ai pensé que le gamin était maltraité, j’y ai pensé très vite, peut-être pas les premiers jours mais pas longtemps après la rentrée, c’était quelque chose dans la façon de se tenir, de se soustraire au regard, je connais ça, je connais ça par cœur, une manière de se fondre dans le décor, de se laisser traverser par la lumière. Sauf qu’avec moi, ça ne marche pas. Les coups je les ai reçus quand j’étais gosse et les marques je les ai cachées jusqu’au bout, alors à moi on ne la fait pas. »

Hélène, prof de SVT dans un collège parisien, remarque l’attitude étrange d’un de ses élèves de 5e. Une sensation de déjà vu, une empathie intuitive lui dicte que quelque chose cloche chez Théo Lubin. Mais quoi ? Dans les cours qu’elle donne aux 5e B, tout son esprit est tendu vers ce gosse-là, pour tenter de déceler pourquoi son instinct est en alerte. Bien sûr, elle songe à son propre démon, la maltraitance, mais rien ne perce. Pourtant les signes avant-coureurs de décrochage sont là. Elle en parle à d’autres profs, au proviseur… Mais que faire sans preuves ? Le collège n’a pas réponse pour ça. Pourtant, ça la taraude, ça ne la lâche pas… Que faire d’une intuition, à part en faire trop et tomber dans une impasse ?

A douze ans, Théo est un gosse relativement transparent, « silencieux » d’après ses camarades. Hélène semble la seule à avoir perçu qu’il glisse gentiment sur une pente qui peut devenir fatale.
En réalité, Théo boit en cachette des litres d’alcool dans l’enceinte du collège. C’est d’abord un réconfort, se faire des sensations, oublier sa vie, c’est aussi un jeu excitant de braver l’interdit. Il entraîne son unique copain Mathis dans son délire. Mais où s’arrête le jeu quand on en vient à se faire vraiment peur ? Car pour Théo, boire n’est plus un jeu. La vie est un grand malaise coupé en deux pour ce jeune garçon livré à lui-même dont les parents divorcés ne communiquent plus. Il vit en garde alternée une semaine sur deux chez le père et la mère sans que nul ne sache quoi que ce soit des semaines passées chez le père… sauf peut-être Mathis.

La suite de la chronique et les références du livre c’est ici. !

Nos Vacances, de Blexbolex

Nathalie Riché nous fait commencer très joliment 2018 en livrant son dernier coup de coeur : « Nos Vacances » de Blexbolex, Pépite d’Or au dernier Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil – Album publié chez Albin Michel Jeunesse, à partir de 6 ans.

Couronnée de la Pépite d’Or au dernier Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, le nouvel album de Blexbolex, Nos vacances, est un petit chef d’œuvre d’inventivité et de virtuosité qui remue nos émotions. Déjà classique.

Couverture Nos vacances Blexbolex

 

Quel magicien ce Blexbolex !
On ouvre toujours un de ses albums comme un cadeau précieux. Avec ses promesses de rêve, de cocon familier et aussi quelque chose de fragile qui pourrait nous échapper ou nous ravir, selon le temps qu’on y consacre. Car un album de Blexbolex attend patiemment son lecteur. On se souvient de Romance, album déjà récompensé d’une Pépite en 2013, la Pépite « Ovni », parce qu’il ne ressemblait déjà à rien de connu.

Il faut prendre son temps pour goûter toute l’originalité de Nos vacances. Quand on l’ouvre, il fleure bon le grain des vieux illustrés de grand-mère, une imagerie des années 60, et en même temps s’y mêle quelque chose de terriblement contemporain. Car malgré ses airs de sérigraphie, le livre est réalisé à la palette graphique.

 

 Nos vacances Blexbolex

 

Mais comment fait-il ? Pour réussir ce traitement si particulier, cette mise en scène, ce dynamisme dans l’histoire. Il y a quelque chose d’un peu mystérieux pour réussir cet équilibre savant. L’ingrédient indispensable dans la grammaire visuelle de Bernard Granger, alias Blexbolex, c’est le mouvement permanent. En feuilletant l’album qu’on lira et relira maintes fois, on a l’impression que se déroule sous nos yeux un film muet avec ses trains qui défilent à toute vitesse, ses chapeaux qui s’envolent, ses personnages qui traversent les pages, et entre eux, le temps qui s’étire.Les plans se succèdent, plan larges ou rapprochés, vignettes multiples qui enchaînent l’action ou brouillent nos pistes, déroulant une bobine avec plusieurs séquences dans la même page, comme autant de perspectives.

Pas un mot dans cet album. Du silence, du temps vide comme seules savent les fabriquer les vacances. Chacun se racontera son histoire en s’identifiant à l’un ou l’autre personnage. Ce qui frappe au premier abord, c’est ce titre Nos vacances, une promesse heureuse et solaire que vient contredire de suite une forêt au parfum d’automne, des champs de paille jaunis et un ciel bleu-gris chargé de fin d’été. Le ton est donné, ces vacances-là n’auront pas la saveur de la légèreté.

 

 Nos vacances Blexbolex

Une merveille, une vraie merveille !

 

La suite de la chronique…, et une interview de Blexbolex !


 

 

 

Une histoire d’amour, de Gilles Bachelet

La nouvelle chronique de Nathalie Riché, dont on se dit que le sujet est tellement drôlement traité qu’il pourrait faire l’objet d’un cadeau clin d’oeil même aux (beaucoup) plus grands que les « lecteurs jeunesse »

 

Il n’est jamais trop tard pour offrir des albums. Allez, un petit dernier à glisser sous le sapin : Une Histoire d’amour. Ce petit bijou d’humour signé de l’inénarrable Gilles Bachelet, raconte la love story hilarante de deux gants Mapa. Une histoire pas en toc !

« Cupidon le petit dieu joufflu de l’amour, envoie ses flèches où bon lui semble. Certaines, parfois atteignent le cœur de personnages remarquables et provoquent des histoires pleines de passions et de drames qui font les grands romans et les films en cinémascope. Mais la plupart viennent toucher le cœur des gens ordinaires et sont à l’origine de mille et mille histoires toutes belles, mais toutes simples, telles que l’histoire de Georges et Josette. »

Gilles Bachelet adore détourner les mots et les personnages. Souvenez-vous de son Chat le plus bête du monde (un gros éléphant benêt) ou encore de ce Champignon au drôle de chapeau qui se prenait pour Bonaparte, sans oublier l’hilarant Chevalier de Ventre-à-Terre qui partait au combat à la vitesse de l’escargot ou encore sa plus belle héroïne, Madame le Lapin blanc, personnage négligé par Lewis Caroll et réhabilité haut la patte par Sieur Bachelet ! Cette fois, l’auteur-illustrateur bat tous les records de l’humour décalé en nous faisons littéralement vibrer pour une histoire d’amour entre… deux gants Mappa ! Il fallait oser.

Une histoire qui lui va comme un gant ? C’est peu de le dire. Car le récit fonctionne à plein, un gant mâle et jaune en pince pour une gente et rose femelle à la jolie plastique, championne de natation synchronisée. Un regard, et c’est le coup de foudre ! Ils se rencontrent évidement à la piscine (l’évier de la cuisine), pique-niquent à la campagne (le balcon aux géraniums) et partent en voyage de noce sur un bibelot du salon en forme de gondole vénitienne.

Artificiel ? Pas du tout. Ces deux-là s’aiment ferme et sous nos yeux ébahis, c’est une vie entière qui se déroule, avec ses joies, ses peines et la nostalgie du temps qui passe : Georges joue la romance, passoire-guitare en main, offre à Josette un fox-terrier (une mini brosse !) ; ensemble, ils auront des tas de bébés, mais casseront aussi un peu la vaisselle et pas seulement en la faisant…

La suite de la chronique…

Frères, chez Albin Michel, lu par Allonz’Enfants

couverture Frères Albin Michel

Cette quinzaine, Nathalie s’enthousiasme pour « Frères » (Albin Michel), à conseiller aux lecteurs à partir de 12 ans, et nous livre ci-dessous son avis.

 

Attention voici un roman qui slame et qui pulse ! Frères, le premier roman de l’Américain Kwame Alexander traduit en France, est un véritable bijou, hommage au basket, à l’amour fraternel et filial, un roman qui déménage et vous terrasse d’émotions. Must read !

 

Couverture Frères Albin Michel

Couverture Frères Albin Michel

 

« A deux pas du panier, j’ai le mouv et le groove…
Ça CLAC ! et ça WIZ !
Non mais attends, toi, tu veux me contrer ?
Non mais attends, toi, tu veux me bloquer ?
Mate un peu ce rebond, YEAH !
Fais gaffe, man, sérieux
Parce que je suis le king du SWING,
le roi du dribble cROIsé
JE LANCE
je m’élance
et je feinte pour que tu glisses pendant que je
DEBOULE, moi
vers la ligne d’arrivée, et du bout des doigts…
Direct au panier :
Baaaaaammm ! Marqué ! »

Attention ce texte swingue et pulse comme un morceau de rap. Resté 24 semaines sur la liste des meilleures ventes du New-York TimesFrères est un petit bijou qui peut transcender les générations.

L’histoire ? Celle de deux jumeaux, Josh et Jordan, jeunes champions de basket-ball, illustres du panier, du dribble, du dunk et du crossover.
Le Basket chez les Bell, c’est une histoire de famille. Leur père, Chuck dit « le Boss », ancienne star du terrain et entraîneur les pousse depuis toujours tandis que leur mère, la directrice adjointe du lycée, peut faire la pluie et le beau temps sur leur sélection.
Josh et Jordan ne se quittent jamais. C’est parce qu’ils jouent en totale harmonie depuis tout petits, chacun avec leur style, que leur équipe cartonne. L’un arrière, l’autre ailier. Josh est un peu frimeur mais lorsqu’il s’élance haut dans les airs, avec ses dreadlocks, il vole : « Au moment de tirer je suis en apesanteur/Le panier est à vendre/Je suis le seul acheteur. » Le père a surnommé Josh « Dégueu le Vicieux » – un surnom que son grand fiston n’apprécie guère – en hommage à un morceau d’Horace Silver, car « le Boss » est aussi fan de jazz. Un basketteur au rythme syncopé !

La suite de la chronique de Nathalie, et pour lire un extrait => ici

Frères
Kwame Alexander – Photo ci-dessous

Traduit de l’anglais (américain) par Alice Delarbre
248 p., Albin Michel coll. Litt’, 13,50 €

(à partir de 12 ans)

Kwame Alexander

Kwame Alexander

Anne Franck, le journal graphique

Cette quinzaine, dans son blog Allonz’Enfants, Nathalie Riché nous présente « Anne Franck, le journal graphique » d’Ari Folman et David Polonski, ouvrage remarquable à bien des égards.
La chronique de Nathalie 

« Adapter en roman graphique l’un des livres les plus connus de la planète, 70 ans après sa publication mondiale, était un sacré pari. Pari réussi haut la main, par les israéliens Ari Folman et David Polonsky, scénariste et dessinateur du formidable film d’animation Valse avec Bachir.

http://top-topic.com/anne-franck-journal-graphique

 

« Personne ne me croira, mais à 13 ans, je me sens complètement seule au monde. J’ai des parents adorables et une sœur de 16 ans. Henneli et Jacqueline se prennent pour mes meilleures amies, mais je n’ai encore jamais eu de véritable amie. J’ai une nuée d’admirateurs qui ne me quittent pas des yeux.
Avec mes camarades, je m’amuse et c’est tout. Je n’arrive pas à parler d’autre chose que des petites histoires de tous les jours. Malgré tous mes efforts, je n’arrive pas à me rapprocher des autres.
C’est pourquoi… Quand je t’ai vu parmi mes cadeaux d’anniversaire, j’ai su que tu étais à part ! Tu vas devenir pour moi l’Amie avec un grand A. Et cette amie s’appellera Kitty. »

http://top-topic.com/anne-franck-journal-graphique

(…)

Pourquoi lire ce roman graphique ? Bien sûr, l’adaptation dessinée permet de toucher un public plus large, mais aussi de mieux raconter « l’avant », de mettre des images, des lieux sur cette histoire que l’on croit connaître sur le bout des doigts. Resituer l’histoire des Frank avant l’exil aux Pays-Bas, planter la galerie de personnages qui gravitent autour de la famille et montrer la vie d’Anne avec ses amies, ses prétendants, sa vie de collégienne bien avant l’installation dans l’Annexe contribue aussi à mieux cerner sa personnalité et la faire revivre dans toute sa dimension. Celle d’une fille vivante, joyeuse, espiègle même. Le roman graphique a le mérite de planter le décor, de mettre des couleurs, des traits sur la vie de cette adolescente dans son époque. Se dessine une personnalité hors du commun. Une jeune fille sensible, lucide avec un caractère bien affirmé et au questionnement permanent : « Depuis quand ce qui est utile rend heureux ? », dit-elle alors qu’on lui demande de boucler vite sa valise et d’emporter le strict minimum pratique.

(…)

http://top-topic.com/anne-franck-journal-graphique

(…)

Pourquoi est-ce une réussite ? Parce que le roman graphique restitue parfaitement l’esprit du texte sans le dénaturer – il en reproduit d’ailleurs de larges extraits – et parce qu’il nous en donne une interprétation qui nous emmène au-delà du journal. Les auteurs ont réussi la prouesse de se tenir au plus près de la voix de la jeune fille, tout en osant traduire ses fantasmes, ses colères, ses moqueries par des images fantasmagoriques, parfois drôles, osées, telle cette scène où elle imagine un camp en vaste chantier égyptien avec des esclaves construisant un temple nazi, à l’instar d’une pyramide monumentale. Ou encore lorsqu’ils nous montrent une Anne, séductrice et élégante, représentée en Adèle Bloch-Bauer, célèbre modèle qui posait pour le peintre Gustav Klimt, ou bien encore, plus douloureux, incarnant le fameux personnage du Cri de Munch pour mieux nous faire ressentir la terreur bien terrée au fond d’elle. »

http://top-topic.com/anne-franck-journal-graphique

Pour retrouver l’intégralité de la chronique de Nathalie Riché et les références du livre, c’est ICI

L’Aube sera grandiose

La nouvelle critique de Nathalie Riché, à découvrir sur Top-Topic en ce début octobre. Elle concerne « L’aube sera grandiose » de Anne-Laure Bondoux, illustré par Coline Peyrony et  publié chez Gallimard pur les jeunes lecteurs adolescents. 

Dans son dernier roman pour ados, Anne-Laure Bondoux explore la relation mère-fille, avec son lot de secrets de famille et de révélations. L’Aube sera grandiose, vous voilà prévenus.

 

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« La fille, c’est Nine, seize ans la semaine prochaine, cinq cent kilomètres de silence au compteur. A travers la vitre, elle observe la nuit et la laideur inquiétante de ce paysage de broussailles, regrettant de ne pas avoir eu le culot de sauter en marche avant la bretelle du périph. Car à l’heure qu’il est, si sa mère ne l’avait pas kidnappée, elle serait chez elle, à Paris, en train de se préparer pour la fête du lycée. »

Après Tant que nous sommes vivants, son formidable roman-épopée aux confins du fantastique, Anne-Laure Bondoux revient à notre époque et explore la relation mère-fille en passant par la case « secrets de famille ». Et prouve que la vie quotidienne et la banale réalité d’une vie peuvent être en tous points tout aussi fantastiques.

Titania, la mère, enlève sa fille, Nine, prête à partir pour la fête du lycée pour l’isoler dans une cabane au milieu des bois, le temps d’une nuit. Le temps de lui raconter une histoire inédite… la sienne. Une histoire qu’elle a toujours tue.
C’est une cabane de rêve, avec un confort sommaire mais idéalement placée au bord d’un lac avec ponton, au milieu de nulle part. Bien plus qu’une cabane, c’est une cachette secrète, connue de Titania seule… et de quelques autres membres de la famille. L’aube sera grandiose. Son récit sera-t-il à la mesure de la promesse ?

Au cours de cette nuit pas comme les autres, Nine découvre que son écrivain de mère ne s’appelle pas du tout Titania Karelman, qu’elle a deux oncles et une grand-mère dont elle n’a jamais entendu parler et une vie pleine de rebondissements. Nine en apprendra aussi un peu plus sur deux grands inconnus : son père et son grand-père.

 

La suite de la chronique de Nathalie Riché, c’est ici !

Primo Levi, pour les ados

Je vous laisse découvrir ci-dessous le billet de Nathalie Riché à propos de la BD « Primo Levi », de Matteo Mastragostino et Alessandro Ranghiasci.
Destiné aux lecteurs à partir de 11 ans, cet ouvrage met en scène l’écrivain lorsqu’il témoignait de sa captivité dans l’enfer des camps de concentration.
116 p., Steinkis, 16 €

PRIMO LEVI

Comment transmettre le message de Primo Levi à de jeunes adolescents ? C’est l’objectif de cette bande dessinée très réussie, signée Matteo Mastragostino et Alessandro Ranghiasci, qui met en scène un Primo Levi venant témoigner auprès d’enfants dans une classe, comme il le fit à maintes reprises.

« Combien de fois je les ai écrits…
Ils me sont apparus dans tellement de cauchemars !
Un… sept…. Quatre…
Vous savez, les enfants, quand j’avais votre âge, j’aimais beaucoup les chiffres…
Cinq… un… et enfin sept.
Mais je ne pouvais pas imaginer que j’allais en porter six sur le bras toute la vie.»

Le scénariste italien Matteo Mastragostino se souvient de l’annonce de la mort de Primo Levi, et le choc que ce fut pour lui. Il était pourtant encore un enfant lorsque l’écrivain se donna la mort, il y a maintenant un peu plus de trente ans.

Matteo Mastragostino a voulu transmettre à son tour le message de cet infatigable témoin de l’enfer des camps. Il imagine ici, à partir des textes de Levi et de tous ceux qui ont écrit sur lui, l’homme venant témoigner dans une classe, comme il le fit à maintes reprises. Le Primo Levi que l’auteur aurait aimé rencontrer raconte à des enfants d’une dizaine d’années son expérience du lager. Car cet infatigable témoin se déplaça dans plus d’une centaine d’écoles pour transmettre son message.

« J’ai été élève de cette école il y a bien longtemps. J’ai été chimiste, et je crois l’être encore. Je suis écrivain, en tout cas c’est ce qu’on dit. Et je suis un juif rescapé d’Auschwitz. Je le serai jusqu’à la fin de ma vie. »

La suite du billet de Nathalie, à lire ici

Dans la forêt de Hokkaido

En cette belle rentrée, Nathalie Riché nous assure du… 

…Suspense assuré pour le dernier roman d’Éric Pessan, « Dans la Forêt de Hokkaido » nimbé de fantastique. Cet ouvrage conte l’incroyable expérience empathique entre une adolescente française et un enfant japonais, perdu au milieu d’une forêt où les ours rôdent. Intense.

dans la forêt de Hokkaido

« J’ai poussé un long cri, très long, un cri terrible qui n’en finissait plus de jaillir de ma gorge, de monter dans mon ventre, de naître de ma peur, un cri qui charriait la douleur, la terreur et l’incompréhension, un cri d’impuissance aussi, comme un appel au secours, comme quelque chose qui se casse et qui ne pourra jamais se réparer (…)
J’ai hurlé, hurlé, et quand la porte de ma chambre s’est ouverte d’un coup, j’étais assise dans mon lit, la couette rejetée, et je criais obstinément dans le noir (…)
Le cri était né dans mon rêve. »

Julie, une ado de quinze ans se réveille d’un cauchemar étrangement réel. Un petit garçon a été abandonné dans une forêt au nord du Japon. Ses parents l’ont laissé sur le bord de la route et l’enfant, désemparé, s’est mis à courir loin à travers bois.

Le rêve est si réaliste qu’il déstabilise Julie. Elle a le sentiment que ce petit garçon existe en vrai, qu’il a besoin d’elle. Mais au-delà de ça, elle EST le garçon. Elle se trouve dans la forêt à sa place, elle vient d’être abandonnée. Elle est connectée à lui dans son sommeil. Ce rêve est si présent qu’il l’épouvante. Pourtant Julie n’a qu’une envie, se recoucher, retrouver le sommeil et le rêve. Tenter de comprendre ce qui arrive à l’enfant. Faire l’impossible pour l’aider. Car en rêve, Julie peut interagir avec lui à chaque instant, l’influencer, tenter de sauver sa peau. Pourtant il se trouve à près de 10 000 kilomètres de distance ! Quelle folie, quelle responsabilité qu’elle garde bien secrète. De toute façon, personne ne la croirait. Sauf Elliot.

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Eric Pessan, auteur

La suite de la chronique de Nathalie sur l’Express.fr est à lire ici !

 

 

Le Jour de l’âge de raison

« Le Jour de l’âge de raison », de Didier Levy et Thomas Baas 

Cet ouvrage, dédié aux jeunes lecteurs à partir de 7 ans, est la nouvelle découverte de Nathalie Riché (« Allonz’Enfants » sur l’Express.fr). En plein coeur de l’été, en voici une bonne idée pour les pauses détente-lecture ! 

Que se passe-t-il le mystérieux jour de nos sept ans ? Devient-on raisonnable d’un coup ? Ou bien fait-on de la résistance à la sagesse ? Réponse avec Le Jour de l’âge de raison.  Un album drôle et tendre signé Didier Lévy et Thomas Baas.

couv jour de l'age de raison

 

« Dans sept jours, se dit Georges, j’aurai 7 ans.
7 ans, l’âge de raison.
Georges se demande bien ce qui va lui arriver.
Autour de lui, plein de gens ont déjà eu 7 ans, mais c’était il y a tellement longtemps qu’ils ne s’en souviennent plus.
Et dans sa classe, ses copains sont tous plus jeunes.
Georges est un peu inquiet d’être comme ça, devant.
En éclaireur. »

Il y a des tournants dans une vie. Le premier vélo, la première baignade, le premier jour de l’école, un premier baiser… Et pour Georges, la première épreuve c’est qu’il va avoir bientôt 7 ans !
L’âge-de-raison.
Ces quatre syllabes tournicotent dans sa tête et forment comme une responsabilité qui l’écrase tout-à-coup. Que va-t-il se passer ? Est-ce qu’à 7 ans, on n’a plus envie de faire rouler ses petites voitures sur le parquet ? Est-ce qu’on se sent si différent du jour d’avant ? Georges est un peu inquiet. Il s’interroge… et pour trouver un sens à tout ça, il a exactement 7 jours.

Faut-il vraiment grandir ? Peut-on revenir un peu en arrière ? Georges aimerait bien s’offrir une petite régression comme cadeau d’anniversaire !

 

LE JOUR DE L'AGE DE RAISON_Mercredi

Georges n’a pas envie de se faire avoir. L’âge de raison ne passera pas par lui, alors il prend un tube de crème anti-âge, se façonne un maquillage de guerrier indien. L’âge de raison n’a qu’à bien se tenir, il l’attend de pied ferme.

La suite de la chronique de Nathalie, c’est ICI 

Le jour de l’âge de raison
Didier Lévy, Thomas Baas
32 p., Sarbacane, 15,50 €

« La Guerre de Catherine »

Cette quinzaine, Nathalie Riché nous propose un ouvrage de Julia Billet, à lire à partir de 11 ans. 

Dans son roman pour ados, La Guerre de Catherine, Julia Billet racontait le destin d’une jeune fille juive qui traverse la guerre en la photographiant. Librement inspirée d’une histoire vraie, celle de sa propre mère, son adaptation en BD est une vraie réussite qui met la petite histoire dans la grande, à la portée de tous.

« Soleil au zénith, inutile d’insister.
A cette heure-ci, je ne ferai rien de bon.
L’heure du midi n’offre aucune ombre, aucune place aux demi-teintes ni aux clairs obscurs. Rien ne vaut la fin de la journée, entre chien et loup quand le jour s’estompe peu à peu.
On se revoit à ce moment-là mesdemoiselles.

Pingouin, le mari de la directrice m’a prêté un Rolleiflex lorsqu’il m’a nommée responsable de l’atelier photo. Depuis, je ne m’en sépare plus. J’adore regarder le monde à travers le viseur. D’un clic, arrêter le temps. »

Pendant la guerre, la Maison de Sèvres est un lieu privilégié pour les enfants : une éducation libre, ouverte sur les passions de chacun et tenue par deux résistants avant-gardistes. La directrice surnommée « Goéland » et son mari « Pingouin », accueillent dans l’école quelques enfants juifs, cachés par leurs parents. Dans ce lieu choyé comme un refuge, les enseignants s’acharnent, malgré la guerre, à faire vivre à leurs protégés une enfance : une maison accueillante, un grand parc, un environnement serein, des activités artistiques multiples qui les occupent, une camaraderie fraternelle… Le climat est propice pour atténuer le contexte terrible, l’absence des parents et les échos lointains de la guerre.

Rachel, l’une de ces enfants cachées, découvre la photo. Avec Pingouin qui l’initie, naît la passion du 6×6. Quoi d’étonnant par ces temps ombrageux que de chercher à s’apaiser avec la lumière d’un visage, l’éclat d’un rire, à fixer la grâce d’un geste, un moment hors du temps ?

La suite de la chronique de Nathalie, c’est ICI

La Guerre de Catherine
Julia Billet, illustrations de Claire Fauvel
162 p., Rue de Sèvres, 16 €
(dès 11 ans)

4 poches jeunesse à faire lire de toute urgence !

Les éditions Thierry Magnier ont relooké leur collection Petite Poche. Une bonne occasion pour les 7-10 ans de redécouvrir ces mini-romans pour apprentis lecteurs. Des histoires courtes pour tous les goûts, sans images, pour lire comme les grands.

atableprésident

J’étais en train de battre Rajiv au jeu vidéo quand le téléphone a sonné.
C’est papa qui a décroché. Il a mis le haut-parleur et on a tous entendu une voix qui disait :
– Bonsoir, monsieur Toutcouleur. Vous êtes en direct sur la chaîne Télé 1 !
– Ce n’est pas drôle, a répondu papa qui était très fatigué parce qu’il rentre tard de son travail.
– Si vous ne me croyez pas, allumez votre téléviseur, a répondu la voix, toute joyeuse.
On a fait comme elle disait et, sur la première chaîne, il y avait le programme C’est votre jour de chance !
La chance, ce soir-là, la famille Toutcouleur n’est pas si sûre qu’elle ait frappée, à voir l’armada de journalistes qui attendent à leur porte, caméra braquée. Leur nom a été tiré au sort pour recevoir chez eux un invité de marque : le président de la République ! La faute au narrateur de l’histoire, le jeune Arsène qui a envoyé en cachette un bulletin de participation.

(…)

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Ce matin-là il faisait beau, chacun se préparait à partir pour la journée. La sonnette a retenti dans la maison.
C’était inhabituel, personne ne vient si tôt. 
Ma mère s’est levée pour ouvrir. Au son de sa voix, on la sentait surprise, elle ne semblait pas connaître ces visiteurs. Bien entendu, elle les a invités à entrer. Ils étaient nombreux, une dizaine peut-être. La plupart étaient très grands et ceux-là ne parlaient pas notre langue. Un seul, plus petit, de notre taille, la maîtrisait presque sans accent. C’était étrange car on ne l’avait jamais vu.

C’est un autre genre d’invités qu’évoque Charlotte Moundlic dans ce texte très percutant et juste. Dans ce pays-là, des hommes, des femmes et des enfants sont venus. Invités non. Mais ils ont demandé l’hospitalité. Alors la famille a poussé les meubles, déroulé les tapis, offert des collations : « On a dû se pousser pour leur faire de la place », mais c’était de bon cœur. L’un d’entre eux a demandé s’ils pouvaient tous rester encore un peu. La famille a dit oui, car ici « l’hospitalité est une valeur très importante ».

(…)

mangetespâtes

Ce matin, ils ont mis papi dans un grand trou. Un peu plus tôt, ils l’avaient mis dans une boîte, et juste avant, je l’avais regardé une dernière fois. Car c’est ça la mort : après, on se voit plus jamais.
J’ai du mal à bien comprendre. Pas les mots « on-ne-se-voit-plus-jamais » mais ce qu’ils veulent dire. C’est un peu trop grand pour mes idées. Ce serait plus facile si papi était arrivé un jour et puis qu’il était reparti ! Mais non : j’ai sept ans et demi, et il a toujours été là dans ma vie !

Emma se pose toujours beaucoup, beaucoup de questions. Et son père adore y répondre. Pourquoi le ciel est-il bleu ? Pourquoi il fait froid en hiver ? Il a toujours une bonne réponse. Mais depuis que son grand-père est mort, les questions d’Emma tournent autour de : « Ça sert à quoi la mort ? » « La mort, c’est la vie ? » et toutes ses questions ont l’air de faire très mal à la tête de papa…

(…)

CinqSixBonheursNE

Allez, un petit dernier pour la route !
L’une de mes Petites Poches préférées reste Cinq, six bonheurs de Mathis (Prix Sorcières 2006), que j’avais chroniqué à sa sortie… il y a douze ans déjà !
L’histoire d’un petit garçon qui doit écrire une rédaction sur le bonheur et qui ne sait pas trop comment s’y prendre, alors il mène une enquête…

(…)

L’intégralité de la chronique de Nathalie est à retrouver ICI !

« de Longues Nuits d’été »

Cette quinzaine, la critique de Nathalie Riché se porte sur un ouvrage à lire à partir de 13 ans, que je vous laisse découvrir ci-dessous :

« De longues nuits d’été », d’Aharon Appelfeld 

Après Adam et Thomas, le grand écrivain Aharon Appelfeld, né à Czernowitz (aujourd’hui en Ukraine), offre un second ouvrage à la jeunesse. De Longues Nuits d’été est un texte d’une profonde mélancolie mêlée de joie dans lequel l’auteur livre toute sa sagesse. Un livre en forme de testament.

 

Ils marchaient de champs en champs et de clairière en clairière, faisant de temps en temps une halte avant de poursuivre. Quand une source ou un puits se présentaient à eux, Janek remplissait un seau, ils se lavaient la figure et buvaient jusqu’à plus soif.
– Tu es fatigué ? demandait Sergueï.
– Non.
– Reposons-nous un peu, puis nous continuerons d’avancer.
Ils erraient ainsi, et toujours les mêmes visions s’offraient à eux. Au printemps et en été ils se reposaient sous un arbre ; en automne et en hiver, ils dormaient dans des auberges, ou des presbytères.

Dans Adam et Thomas[1], son premier roman pour la jeunesse, Aharon Appelfeld racontait l’histoire de deux jeunes garçons que leurs mamans avaient cachés dans la forêt, loin du ghetto, pour vivre éloignés de la douleur de la guerre. Tenir à bonne distance le malheur et au plus près ses souvenirs, c’est peut-être là le travail d’une vie de l’écrivain, lui-même jeune survivant des camps, venu sur la terre d’Israël après la Seconde Guerre mondiale. Dans ce roman, les deux jeunes garçons s’entraidaient, l’un plutôt ingénieux et réfléchi épaulait l’autre plus pratique et proche de la nature.
Cette complémentarité humaine se retrouve dans ce nouveau roman, mais cette fois, sous forme de transmission. De Longues Nuits d’été raconte l’errance d’un homme et d’un enfant au milieu de la guerre et de la campagne ukrainienne.

Sergueï est un ancien soldat, commandant d’une unité spéciale, devenu aveugle et qui connaît parfaitement la région. Il erre de villages en villages, en quête de quelques sous à la sortie de la messe le dimanche. Mendiant mais digne : « Sergueï ressemblait à la fois à un prince et à un moine. »
Michaël Wiener a onze ans, né dans une famille juive. Sergueï a travaillé autrefois pour le grand-père de l’enfant et lorsque les juifs ont été persécutés, le père de Michaël est venu lui demander de prendre son fils avec lui avant d’être déporté : « Je te laisse mon fils, prends soin de lui mon ami. » Rebaptisé Janek et arborant une croix autour du cou pour cacher son identité juive, le jeune garçon deviendra les yeux de Sergueï, leur compagnonnage leur offrant une protection opportune.
Et voici donc ce drôle d’équipage, un ancien soldat, brave et aimé de tous, devenu aveugle et vagabond et l’enfant qui lui tient la main, achète de la nourriture aux villageois, puise de l’eau et boit ses paroles. Dormant la nuit à la belle étoile « le ciel est notre toit », Janek guide le jour Sergueï sur les chemins boueux tandis que le vieil homme guide l’enfant dans les méandres de la vie. Car Sergueï est un sage. Econome de ses mots face à l’enfant avide de questions : « Qu’est-ce que les Juifs ont fait de mal pour qu’on s’en prenne à eux ainsi ?
Mieux vaut ne pas se poser de questions auxquelles il n’y a pas de réponses. »

Au fil du temps – ils passeront près de deux ans ensemble -, l’homme apprendra à l’enfant à s’entraîner pour rendre son corps plus fort, à ne pas poser de questions qui n’appellent de réponse et à faire entrer Dieu en lui pour devenir un homme bon. « La solitude m’a rapproché de Dieu. J’ai appris à lui faire confiance et à l’aimer. »

Janek est bon élève. Il s’attache rapidement au vieil homme et apprend avec humilité ce que l’aveugle lui enseigne. « Ne pas se fâcher, garder à l’esprit que les hommes sont des visiteurs en ce monde, ne pas être prétentieux. Je crois que je t’ai dit là l’essentiel. » Ses paroles réconfortantes apaisent l’adolescent qui se fond dans son rythme et qui peu à peu se meut en véritable protecteur lorsqu’ils sont malmenés sur les routes : « Les vagabonds sont comme les soldats, toujours en alerte. »

Appelfeld (c) Patrice Normand

La suite de la critique ici


Lire l’interview d’Aharon Appelfeld à propos d’Adam et Thomas


De Longues Nuits d’été
Aharon Appelfeld, traduit de l’hébreu par Valérie Zenatti
illustration de couverture : Mélanie Rutten
276 p. l’école des loisirs, 15 €
(dès 13 ans)

Copyright photo : Patrice Normand.

 

[1] Adam et Thomas, Aharon Appelfeld, traduit de l’hébreu par Valérie Zenatti, illustrations Philippe Dumas, 152 p. éd. L’école des loisirs, 15 € (dès 10 ans), Paris, 2014.


« Un Grand Jour de Rien »…

« Un Grand Jour de Rien, de Béatrice Alemagna »*

(chroniqué par Nathalie Riché)

Réparons un oubli. Et profitons du prix Landerneau que vient de remporter haut la main Beatrice Alemagna pour Un Grand Jour de rien, pour revenir sur cet album qui, comme ne l’indique pas son titre, contient tout. Eh oui, rien que ça.

Nous y étions.
Pour la deuxième fois.
Ma mère et moi dans la même maison de vacances.
La même forêt et la même pluie.
Chaque jour, ma mère écrivait en silence, et moi, je tuais des Martiens.

Les auteurs jeunesse ont le don de s’attarder sur les petits riens qui font le sel de la vie, comme l’avait d’ailleurs fait Delphine Perret dans Björn, six histoires d’ourségalement en lice pour le prix jeunesse Landerneau. Ces choses si minuscules mais essentielles qui devraient prendre toute la place et pourtant qu’on oublie bêtement. Ce thème, Beatrice Alemagna l’avait déjà magistralement illustré dans La Gigantesque Petite Chose. Elle réitère ici avec brio et au plus près des enfants.

un grand jour de rien

Ce petit gars – qui pourrait d’ailleurs aussi bien être une fille – part pour quelques jours de vacances à la campagne avec sa mère. On l’a tous fait n’est-ce-pas ? La mère qui bosse à la campagne tandis que son enfant profitera du bon air… Sauf qu’il pleut toute la journée, et cet enfant-là, la campagne il s’en contrefiche. Seulement sauvé de l’ennui intersidéral par sa console portative : « Je ne voulais rien faire. Rien, sauf tuer mes Martiens. »
Acte 1 : l’ennui.
Acte 2 : la mère confisque la console.
Acte 3 : l’enfant la reprend en cachette et se glisse au dehors. Fuir les remontrances et les interdictions et tant pis pour la pluie…
Actes 4 : l’enfant saute sur les rochers dans la rivière et la console tombe à l’eau. Ouf, problème éliminé, on peut passer aux choses sérieuses.

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Car c’est là que l’histoire commence. Au firmament du désespoir et de l’ennui, les enfants choisissent toujours la vie. Et voilà notre petit gars encapuchonné d’orange fluo de dialoguer avec les escargots, de mettre les mains dans la terre, de grimper aux arbres, de tutoyer les insectes, de s’éclabousser dans les flaques jusqu’à plus soif. Et de découvrir le ciel immense percé de rayons de soleil comme s’il en pleuvait, ivre de bonheur, tombé à la renverse dans les herbes mouillées. Le monde comme il ne l’avait jamais vu. Ou peut-être si, avec son père qui aime l’emmener en forêt pour des promenades pédagogiques. Mais découvrir l’univers avec son seul regard, c’est tellement mieux. N’est-ce-pas grandir ?

La suite de la chronique de Nathalie, et la vidéo YouTube qui illustre son article, c’est ici !

*Un Grand Jour de rien
Beatrice Alemagna
48 p. Albin Michel Jeunesse, 15,90 €
(dès 4 ans)

La plus grande peur de ma vie

Se défendre du harcèlement

En seulement quatre romans, Eric Pessan s’est imposé dans l’exploration de la vie des ados d’aujourd’hui. La plus grande peur de ma vie parle avec justesse d’amitié, de solidarité, du harcèlement et des conséquences excessives auquel il conduit.

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120 p. A partir de 11 ans. Ed L’Ecole des Loisirs. 13€

Quand un adulte approche un collégien, il veut toujours savoir les mêmes choses, c’est comme un interrogatoire de police, avec le sourire en plus. Les questions concernent l’état civil, la classe, l’avenir et les loisirs. Alors, allons-y : je m’appelle David, je suis en cinquième, je n’ai aucune idée de ce que je veux faire plus tard, je ne sais rien faire d’extraordinaire (je veux dire je n’ai pas d’activités précises ; je ne joue pas de piano, je ne suis pas champion de skate ou de judo, je ne pratique pas de sport en club, je ne suis inscrit dans aucune association). Un enquêteur qui fouillerait mon sac découvrirait trois cartes : celle de la piscine, celle de la bibliothèque et celle du collège bien sûr. C’est tout ce qu’il y a à dire de moi, je peux simplement ajouter que j’ai trois amis : Jordan, Norbert et Lalie. Lalie, c’est plus qu’une amie, c’est aussi une fille, mais ça, c’est une autre histoire…

Depuis son premier roman jeunesse, Plus haut que les oiseaux, l’écrivain multiforme Eric Pessan s’est fait une place bien à lui. Un regard intime qui explore autant les failles de l’adolescence qu’il en révèle la beauté et la force. Dans La plus grande peur de ma vie, il met en lumière les liens qui relient des amis à un secret inavouable. Une situation que chaque adolescent a, un jour, expérimentée : l’acte interdit, la complicité, l’amitié et la façon dont les solidarités se font et se défont face à la peur de la sanction, la prise de conscience de l’acte irréfléchi et partagé.

Jordan, Norbert, Lalie et David sont amis depuis toujours. Même enfance, même immeuble, mêmes écoles… les voilà dans la même Cinquième au collège. Ce jour-là, Norbert arrive en classe avec des yeux un peu fous, et quelque chose de dur, de métallique qui claque dans son sac. Personne ne voit, personne ne remarque rien, sauf Jordan, Lalie et David. Qui savent. Qui ont compris ce qu’il y a dans le sac. Qui s’interrogent du regard et qui frissonnent.

La suite de la chronique de Nathalie c’est ici !

 

 

Le garçon qui courait

Le garçon qui courait – François Guillaume Lorrain 

Alors que certains enfants sont encore en vacances, Nathalie Riché propose aux jeunes lecteurs cet ouvrage : « Le Garçon qui courait », de François-Guillaume Lorrain (chez Sarbacane). Sa chronique :

François-Guillaume Lorrain retrace l’incroyable destin de Sohn Kee-chung, jeune Coréen qui battit le record olympique en 1936, à Berlin. Un héros qui choisit de combattre la domination nippone avec pour seules armes : ses jambes, sa détermination et le symbole de son pays, l’ours qui n’abandonne jamais.

couv le garçon qui courait

dès 13 ans – 224 p – 15,50 €

Un jour de 1919, dans la ville coréenne de Sinŭijuil se produisit un événement extraordinaire. Le jeune Hyo-dong, douze ans, déclara à son frère, Kee-chung :
– Aujourd’hui, on ne va pas à l’école.
Kee-chung n’était pas certain d’avoir bien entendu. Il le fit répéter :
– Aujourd’hui, on ne va pas à l’école. Ni demain, ni après-demain. L’école, c’est fini.
Kee-chung ouvrit de grands yeux. Il les écarquilla encore davantage lorsqu’il apprit qu’en prime, ses parents étaient d’accord – et même, que la consigne venait d’eux. Il ignorait que quelques semaines auparavant, à la dernière réunion des parents d’élèves, la décision de ne plus envoyer leur enfants à l’école avait été prise à l’unanimité.

Kee-chung vit au début des années 1920 non loin du fleuve Yalu, dans une région proche de la frontière chinoise, aujourd’hui en Corée du Nord. Mais à cette époque, la Corée a officiellement disparu. Sa famille et tous les siens vivent sous le joug des Japonais qui se sont appropriés les terres et les bras de ses habitants. Mais leur âme, jamais.
Kee-chung n’a que sept ans lorsque son grand frère commet l’acte de rébellion qui façonnera l’existence du jeune garçon. Lors de la remise des prix de fin d’année scolaire, Hyo-dong brandit avec fierté le drapeau coréen dissimulé sous sa blouse en haranguant les soldats japonais « Rendez-nous notre pays ! » Comme un seul homme, tous les élèves l’imitent. Pourchassé par les soldats, Hyo-dong s’enfuit et entraîne avec lui dans sa course folle son jeune frère. Kee-chung découvre alors qu’en courant, il lui vient des ailes. Ses jambes seront un don du ciel, un plaisir intense. Mieux, son arme.
Hyo-dong a été envoyé dans un camp de redressement. Reviendra-t-il un jour ? En attendant, les épreuves vont faire grandir Kee-chung à toute vitesse. Très vite le garçon se forge un moral d’acier et s’impose un entraînement hors norme.

Suite de la chronique ici !

 

 

Björn, six histoires d’ours

Delphine Perret, rien du tout c’est tout un art !

Dans son nouvel album, Björn, six histoires d’ours, Delphine Perret raconte les aventures d’un ours très bien léché, paisible avec beaucoup d’amis et très occupé à ne rien faire. Ce livre tout vert, comme un sapin, a obtenu haut-la-patte la Pépite de la catégorie « Petits » au Salon du livre de jeunesse de Montreuil.

bjorn-6-histoires-dours

Björn habite dans une caverne.
Les parois sont toutes douces.
Le sol est confortable.

Et juste devant il y a de l’herbe
Tendre et un arbre rugueux,

Parfait pour se gratter le dos.

Björn a aussi
une boîte aux lettres
Il lui arrive de recevoir du courrier.

Comme par exemple ce papier fluo,
Arrivé ce matin, qui lui dit un grand
Bravo en lettres majuscules.

Delphine Perret a le chic pour camper des personnages, dire des choses profondes en quelques traits d’une finesse absolue. C’était déjà le cas des albums Il était mille fois,  Pablo et la chaise, histoire d’un petit garçon qui part faire le tour du monde avec un cadeau pourtant destiné à le garder bien au chaud, ou encore de Bigoudi, celle de la perte d’un être cher. Ce nouvel album, Björn, six histoires d’ours, fête le retour à l’épure, une histoire minimaliste comme les petits les adorent.

Björn est un gros ours pataud et sympathique. En suivant ses jours tranquilles, c’est la vie de toute une forêt que l’illustratrice nous donne à voir. Une forêt, à travers ses moindres bruissements, ses mouvements, ses habitants et les mini événements qui s’y déroulent. De grandes aventures de rien du tout.

L’ours vit paisiblement dans sa grotte, non loin de ses compagnons, la belette, le renard, le blaireau, l’écureuil… Ce jour-là, Björn a reçu un beau canapé rouge en cadeau. Quelle merveille ! C’est doux, c’est mou, c’est confortable. Et ce trois-places peut accueillir les popotins de tous les copains des bois.

La suite de la chronique sur le blog de Nathalie Riché, ici.

Björn – Six histoires d’ours
Delphine Perret
Les fourmis rouges
12,50 € – 64 pages

« Pluie, Visage, Soleil » – Claude Ponti

Avant Noël, Nathalie redouble d’acuité pour vous faire découvrir de nouveaux ouvrages à offrir aux enfant autour de vous…
Sa dernière critique littéraire, sur l’Express.fr :

Tout le monde connaît les albums de l’immense auteur illustrateur Claude Ponti, mais connaissez-vous son théâtre ? Dans Pluie visage soleil, il dévoile une autre facette de son talent. Huit courtes pièces à mettre en scène par les enfants, à la manière d’un Prévert ou d’un Ionesco. Un petit bijou, ciselé avec humour.

Claude-Ponti-Top-Topic

Oiseau 1, ouvrant un œil
Le soleil est levé ?

Oiseau 2, les yeux fermés
Non

Oiseau 1
Quel paresseux ! C’est l’heure !

Au lever du soleil, j’ai ouvert un œil et un livre de théâtre. J’avoue, ça ne m’arrive pas tous les quatre matins. Pourtant, j’adore ça, le théâtre ! Etudiante, j’ai lu avec bonheur mon quota de pièces de Beckett, Ionesco, Anouilh ou de Obaldia, sans compter les classiques, Molière en tête. Alors découvrir le nom de Claude Ponti sur un livre de théâtre, ça m’a intriguée… je l’ai commencé et puis je ne l’ai pas lâché.

Pas tout-à-fait lui-même et pas tout à fait un autre, l’univers de Ponti est bien là, dans l’épure et le mot qui fait mouche. Ici point de poussins malicieux, de Tromboline ou de Foulbazar, point d’Okilélé. Quoique… Je les imaginerais bien dans la salle en turbulents spectateurs, à pouffer et applaudir ces oiseaux rigolos qui, peut-être, porteraient sur scène des masques de poussins…

Dans ces dialogues savoureux, il sera question de l’enfance, de scruter l’invisible, du grand et du petit, du jour et de la nuit. Ces huit courtes pièces en forme de pas de côté mettent en scène des enfants, des oiseaux, le soleil, la pluie, l’arc-en-ciel ou encore les parties d’un visage.

« Plic, ploc, plic, ploc… Comment savoir, quand il pleut, si c’est le ciel qui pleure… ou si ce sont les larmes des enfants tristes qui sont montées dans les nuages de ciel ? » Tandis que la pluie passe et repasse latéralement comme un personnage entre et sort de scène, deux enfants s’interrogent. Dans une logique bien à eux, ils réinventent le cycle de l’eau. Et les questions fusent : les larmes sont-elles salées car elles retournent à la mer ? La mer serait-elle triste ? Bien sûr que non voyons puisqu’il y a des poissons-clowns dedans !

La suite de la chronique de Nathalie, c’est ici !

Georgia, de Timothée de Fombelle

GEORGIA – Timothée de Fombelle 

Cette quinzaine, Nathalie Riché a consacré sa chronique au conte musical GEORGIA écrit par Timothée de Fombelle, mis en musique par le groupe Contraste et illustré par Benjamin Chaud. Sa critique est suivie
. d’une rencontre avec l’auteur,
. de la vidéo de la chanson « Tous mes rêves chantent », interprétée par Ben Mazué
. du making of du disque. 

GEORGIA, lu par Cécile de France, auquel ont participé notamment Anny Duperey Pauline Croze, Emily Loizeau Alain Chamfort, Albin de La Simone sera comédie musicale en 2017.

On ne présente plus Timothée de Fombelle. Je souhaite un même succès à venir à Olivier Lunaires que je vous présente en Coup de Cœur cette semaine...

La chronique de Nathalie : 

(…) L’Histoire ? Celle d’une petite Georgia triste, ses rêves blottis au fond d’elle qui ne demandent qu’à éclore. Ce rêve ? Chanter. Comment va-t-elle le réaliseGeorgia, conte musicalr ? Pour le savoir, montez le son de cette histoire touchante et formidablement entraînante.

(…) Les passions naissent-elles de la solitude et du désarroi ? Peut-être. De la volonté et des rencontres aussi, c’est toute l’histoire des débuts de la chanteuse Georgia (en hommage au grand Ray Charles) qui nous confie comment la petite graine de chanteuse a poussé en elle.
Une petite Georgia qui, un jour, se retrouve chez sa tante. Triste, immensément triste, elle a dû quitter sa maison et a été séparée de sa sœur. Heureusement dans sa valise maigrichonne, elle a emportée avec elle tous ses rêves, ses seuls amis. Et ils sont poilants ces rêves (joliment dessinés par Benjamin Chaud), petits personnages bruyants, joyeux, un brin foutraques et empêcheurs de tourner en rond. Ses rêves la conduisent vers la musique, la poussent à chanter. Jusqu’au jour où la ritournelle d’un violon mélancolique monte derrière le radiateur de sa chambre. Une petite voix murmure… Il y aurait quelqu’un, là derrière ? Chut… un garçon de chair et d’os vivrait là, derrière le mur. Un garçon qui vit cent ans plus tôt et qui amènera Georgia à réaliser pleinement son rêve.
C’est un conte lanceur de vocation qu’a concocté Timothée de Fombelle pour son public de prédilection. Convoquer l’imaginaire, nous pousser à sortir du réel pour réaliser nos rêves pour de vrai, c’est tout lui, ça ! Un conte magnifiquement interprété par la fine fleur de la chanson française et qui deviendra une comédie musicale en 2017 : avec Pauline Croze, Emily Loizeau, Albin de la Simone, Marie Oppert, Alain Chamfort, Ben Mazué et bien d’autres. Montez le son, chantez et dansez !

Suite de l’article (sur l’Express.fr)

Le Fantôme du Cirque d’Hiver

« Le Fantôme du Cirque d’Hiver »*

En ces périodes de vacances, Nathalie Riché nous propose de découvrir un album signé par deux complices de longue date : Fred Bernard et François Roca. Laissons-la nous en dire plus…

Fred Bernard et François Roca sont complices depuis les bancs de l’école d’art Emile-Cohl, où ils se sont rencontrés. Partageant un même univers empreint d’imaginaire et d’aventure, ils ont pris l’habitude avec leurs albums en grand format de nous embarquer dans les endroits les plus exotiques : lointaine terres d’Amériques, Inde mystérieuse, Egypte ancienne, îles exotiques et même dans les nuages… Cette fois, ils nous invitent tout près de chez nous : au cirque. Mais pas n’importe lequel ! Car le cirque d’Hiver Bouglione – autrefois Cirque Napoléon – désormais classé monument historique, est un voyage à lui seul.

« Flouf ! Une boule de plumes se plante à côté de moi.
Fantôme ! Fantôme ! Il est là ! Viens vite !
– Hé je peux lire tranquillement oui ?!!
– Viens vite, Spirit, j’ai senti sa présence, près des écuries.
– Arrête de t’exciter comme ça, Dino. Je lis.
– Mais nom d’une noix de coco, viens ! Quand j’ai dit : 
Si tu es là frappe trois fois, il a fait BOUM, BOUM, BOUM !»

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Dino, le perroquet du cirque, a senti la présence d’un fantôme.
Mais Spirit, son vieux complice n’y croit pas. Nom d’une cacahuète, un fantôme et puis quoi encore, râle le primate en livrée. Pas à un vieux singe qu’on apprend à faire des grimaces. Laisse-moi lire tranquille. Mais Dino insiste tant que Spirit finit par se laisser entraîner, que voulez-vous c’est ça l’amitié… Et les voilà partis, nos deux têtus, le superstitieux et le sceptique, pour un tour du propriétaire….

… suite du billet de Nathalie Riché

 

*Le fantôme du cirque d’hiver Fred Bernard, illustrations François Roca 42 p., Albin Michel jeunesse, 19 € (dès 5 ans)

 

En grève !

Nathalie a eu un coup de cœur pour le roman « EN GREVE » de Mathieu Pierloot, et nous en livre ici la critique :

Une bande de lycéens expérimentent l’aventure de la grève. Mathieu Pierloot, jeune enseignant de Bruxelles, dresse le portrait d’une jeunesse bien d’aujourd’hui, ses amitiés, ses combats, ses amours. Attention auteur à suivre.

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« C’est vrai que je n’étais pas la joie de vivre en personne. Je m’estimais toutefois doté d’un humour savoureusement décalé, lequel s’accordait parfaitement à mon physique de binoclard rachitique ; l’ensemble conférait à ma personne (du moins, je me plaisais à le croire.) le charme suave d’un Woody Allen de province. Je n’avais peut-être pas les muscles saillants, mais j’avais écouté plus de disques et lu plus de livres que la plupart des gens durant toute leur vie. Comme tous les moches, je surinvestissais mon intellect. Dans un monde de types baraqués en boxer blanc, on fait ce qu’on peut pour exister…»

Une fois n’est pas coutume, débutons la rentrée par… une grève. Je sais, ça ne me ressemble pas ! Mais le texte court de ce jeune auteur m’a séduite. Parce qu’il met en scène des lycéens bien d’aujourd’hui, et surtout parce qu’il parle joliment des premières fois. Premiers engagements et élans de solidarité, premières indignations, premières grandes amitiés, premières manifestations et, bien sûr, premières amours.

La suite de la chronique par ce lien

 

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