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Les Loyautés, Delphine de Vigan

En lisant (d’une traite) « Les Loyautés », Nathalie Riché a pensé à chaque page que ce nouveau roman de Delphine de Vigan pouvait aussi captiver les ados ! Sa chronique :

 

Delphine de Vigan renoue avec le style de ses précédents romans, Les Heures souterraines ou No et moi. Avec Les Loyautés, roman sobre et puissant à la fois, elle explore les failles de l’enfance et touchera un large public, au premier chef, celui des grands adolescents.

 

 

« J’ai pensé que le gamin était maltraité, j’y ai pensé très vite, peut-être pas les premiers jours mais pas longtemps après la rentrée, c’était quelque chose dans la façon de se tenir, de se soustraire au regard, je connais ça, je connais ça par cœur, une manière de se fondre dans le décor, de se laisser traverser par la lumière. Sauf qu’avec moi, ça ne marche pas. Les coups je les ai reçus quand j’étais gosse et les marques je les ai cachées jusqu’au bout, alors à moi on ne la fait pas. »

Hélène, prof de SVT dans un collège parisien, remarque l’attitude étrange d’un de ses élèves de 5e. Une sensation de déjà vu, une empathie intuitive lui dicte que quelque chose cloche chez Théo Lubin. Mais quoi ? Dans les cours qu’elle donne aux 5e B, tout son esprit est tendu vers ce gosse-là, pour tenter de déceler pourquoi son instinct est en alerte. Bien sûr, elle songe à son propre démon, la maltraitance, mais rien ne perce. Pourtant les signes avant-coureurs de décrochage sont là. Elle en parle à d’autres profs, au proviseur… Mais que faire sans preuves ? Le collège n’a pas réponse pour ça. Pourtant, ça la taraude, ça ne la lâche pas… Que faire d’une intuition, à part en faire trop et tomber dans une impasse ?

A douze ans, Théo est un gosse relativement transparent, « silencieux » d’après ses camarades. Hélène semble la seule à avoir perçu qu’il glisse gentiment sur une pente qui peut devenir fatale.
En réalité, Théo boit en cachette des litres d’alcool dans l’enceinte du collège. C’est d’abord un réconfort, se faire des sensations, oublier sa vie, c’est aussi un jeu excitant de braver l’interdit. Il entraîne son unique copain Mathis dans son délire. Mais où s’arrête le jeu quand on en vient à se faire vraiment peur ? Car pour Théo, boire n’est plus un jeu. La vie est un grand malaise coupé en deux pour ce jeune garçon livré à lui-même dont les parents divorcés ne communiquent plus. Il vit en garde alternée une semaine sur deux chez le père et la mère sans que nul ne sache quoi que ce soit des semaines passées chez le père… sauf peut-être Mathis.

La suite de la chronique et les références du livre c’est ici. !

« Merci », de Delphine de Vigan

Un immense merci à Delphine pour son amitié indéfectible et sa disponibilité.  

Delphine de Vigan est une des auteures françaises les plus lues. Ses romans dont « Jours sans Faim »,  « No et Moi », « Les Heures Souterraines », « Rien de s’oppose à la nuit », « D’après une histoire vraie » sont réimprimés régulièrement, traduits en de nombreuses langues, et pour certains adaptés au théâtre ou au cinéma.

Photo D de Vigan

Delphine de Vigan.© Nemo Perier Stefanovitch-2

 

 

Plusieurs prix littéraires ont déjà couronné son talent : le Prix Renaudot 2015, le Goncourt des Lycéens 2015, le Prix des Lectrices de Elle, le Prix du Roman Fnac, le Prix France Télévision, le Prix des Libraires, le Prix du Rotary…

 

 

 

Pour ouvrir l’onglet Nos Seniors de Top-Topic, je tenais absolument à publier ce texte de Delphine de Vigan, entendu sur scène il y a quelques années et qui depuis ne m’a plus lâchée. En présence de certaines personnes âgées, si la patience me quitte, je fais appel aux souvenirs que j’ai de « Merci », à la sagesse de Michcka, à la douceur de Marie, et je reprends des forces par l’humour et la tendresse.

En voici des passages.

MERCI

De Delphine de Vigan, tiré de « La Vie Modes d’emploi » (collectif pour le Paris des Femmes – 2013)

Chambre d’une maison de retraite. Marie (28/30 ans), frappe à la porte, puis entre dans la chambre. Michcka (femme âgée) qui somnolait assise dans un fauteuil, se tourne vers elle.

Michcka : C’est toi ?

Marie (qui l’embrasse) : Oui, Michk, c’est moi. Comment ça va ?

Michcka : Oh ça va, ça va…. Je ne savais pas que tu venais… J’avais marqué demain, mais je ne sais pas pourquoi, je n’étais pas si… s… sérieuse…

Marie : Tu n’étais pas sûre ? C’est normal, je t’avais dit jeudi ou vendredi. Tu n’es pas trop fatiguée ?

Michcka : Non, ça va. De ce côité là… c’est pas le dilemme.

Marie :  De quel côté ça ne va pas, alors ?

Michcka : C’est les mots, les mots m’échoppent (une longue hésitation) m’écharpent…. (elle soupire) tu vois…

Marie (compatissante) : Je sais, Michcka. Mais bon, il t’en reste pas mal en stock, et puis comme ça, tu en inventes de nouveaux. L’orthophoniste est venu te voir ?

Michcka : Oui, oui. Mais c’est… ce n’est pas ça… Les exercices c’est diffus… c’est diff… c’est difficile. Tu veux voir ? (elle lui montre un papier)

Marie (qui jette un œil à la feuille) : Tu dois deviner les contraires ?

Michcka : Non, les synorimes…

(..)

(A propos de l’atelier mémoire)

Michcka : J’aime pas. Il y en a une qui répond à tout, comme ça, du… tic au tic… pas une seconde d’hésitation…. A brûle pourpont, elle dit la bonne réponse. Elle connaît tous les mots possibles et imaginaux, elle fait la fière, tu vois, ça me tagace.  En plus elle pourrait s’habiller, et ben, non, même pas, elle passe sa vie dans une robe des champs comme si c’était du plus grand choc, tu vois…

(…)

Marie annonce à Michcka qu’elle attend un bébé et lui fait part de ses doutes quant à sa capacité à élever un enfant 

Michcka (qui parle beaucoup plus vite tout d’un coup, entre émotion et colère) : Tu sais moi, j’en voulais pas, des enfants. Pas une miette. Même de loin, sans façon. Si vous n’aviez pas habité au dessus,  je serais restée comme ça. Je n’étais qu’une bassine…. une voisine, bien tranquille dans son coin. Quand vous êtes venues, toutes les deux, la première fois, tu te souviens, quand tu as sonné à la porte…. Ben moi aussi, je peux te dire, j’ai eu la frouille. Et puis vous êtes revenues une deuxième fois, toutes les deux flanchées sur le paillisson, et les yeux de ta sœur, ses grands yeux qui m’empiraient, alors je vous ai prises chez moi. Et puis ensuite, à chaque fois, vous reveniez, alors moi je vous ai cueillies, toutes les deux, des après-midi entières, et puis j’ai acheté des fleutres, et des feuilles de couleur, des ciseaux, et puis les bêstimaux du zoo, tu te souviens, les petits zèbres en plastique, et puis la pâte à modeler qui ne dessouche pas, et puis les Daninos au chocolat, qu’on mettait dans le f….frozer… (un temps) tous les soirs, ou presque vous êtes revenues. C’est exactement comme ça que ça s’est passé : deux toutes petites filles incongr… inconnues, qui sonnaient chez moi tous les soirs. Et puis ensuite vous êtes restées dormir, quand… quand ça n’allait plus du tout, avec ces cris tout la nuit, et puis après il y a eu, enfin, bon… ce n’est pas ça le plus important, il ne faut pas que je m’échange tout… je veux te dire une seule chose et après, tu prendras ta solution : c’est ça qui compte, je veux dire qui compte plus que tout.

Marie : C’est quoi ?

Michcka : Ecoute, pour la première fois de ma vie, j’ai commencé à m’appliquer de quelqu’un d’autre, je veux dire de quelqu’un d’autre que moi. C’est ça qui change tout, tu sais, Marie, dans une vie. C’est d’avoir peur pour quelqu’un d’autre, quelqu’un d’autre que soi. C’est une grande chance que tu as.

Marie  (émue) : Tu vois que tu as des mots.

Michcka  (flattée) : Ah oui, c’est vrai… En cas d’émergence.

Marie : Tu veux que j’aille te chercher un petit thé au distributeur ?

Michcka : Ah oui, ça je veux bien. Au cidre s’il te plaît.

Marie : Au citron ?

Michcka : C’est ça.

La Vie Modes d’Emploi (Amazon – 12 €) Collectif d’auteurs (l’Avant-Scène Théâtre). Je pense qu’il est aussi disponible auprès des libraires, sur commande. 

En écho à ce texte, je vous propose de lire l’interview de Véronique Gallo qui parle de son livre « Tout ce Silence« , dont le sujet est sa grand-mère paternelle.