Archives janvier 2018

Juliane Grospiron, grain de fantaisie sur le web

RENCONTRE AVEC JULIANE GROSPIRON,
grain de fantaisie sur la toile !

 

 La vie est marrante. Pleine de coïncidences. Moi, les coïncidences qui aboutissent à des rencontres je les appelle des téléscopages.

« t’es sûr qu’on est mardi ? » – Voutch  (Le Cherche-Midi)

Dernier téléscopage en date :  me replonger avec délice dans les dessins de Voutch, à l’occasion de la sortie de son dernier album « T’es sûr qu’on est mardi ? », ET découvrir en parallèle   « La Fantaisie du Lundi ».  

Réalisée et jouée par son auteur Juliane Grospiron, cette web série est diffusée depuis un peu plus de 2 ans, toutes les semaines, sur Facebook et Youtube. Et le ton de cette Fantaisie me fait justement beaucoup penser à Voutch.
C’est court – une fantaisie peut durer seulement 15 secondes et aucune ne dépasse 1mn 30 – c’est incisif, l’éclat de rire fuse alors que le verbal est minimal. Tous comme les dessins de Voutch, qui en une image et une phrase résument l’absurde d’une situation, ou en font ressortir le comique, en creux.

 

Juliane Grospiron, – La Fantaisie du Lundi

Juliane Grospiron est fan d’Albert Dupontel. Moi aussi… alignement dans les coïncidences. Mais au-delà de l’anecdote on comprend ; car dans ses longs métrages, Dupontel cherche aussi l’économie d’artifices qui n’empêche pas, bien au contraire, le rire.

Autre alignement, Juliane Grospiron me fait penser à Sandrine Kiberlain, merveilleusement dirigée par ce même Dupontel dans « 9 mois ferme », film dans lequel tous les deux excellaient à nous faire rire.

Dernier téléscopage :  alors que beaucoup de mes conversations amicales et familiales ont tourné ces derniers temps sur le système français d’éducation scolaire, Juliane Grospiron participe au Nikon Festival Film 2018 avec une réalisation de 2 mn (format maximal imposé) intitulé « Je suis trop jeune ». Juliane y filme sa fille, Isaure, 13 ans, criante de justesse et d’émotion, et dédie ce film « à tous les derniers de la classe du monde ».  A voir de toute urgence pour alimenter le débat.

 

Alors, alors, Top-Topic n’a pas résisté à en savoir plus !
Rencontre avec Juliane :
 

Top-Topic le Blog : Bonjour Juliane. Pour camper le personnage,  Top-Topic est assez « famille »,  quelques infos sur vous ?

Juliane Grospiron : j’ai 44 ans, j’ai 3 enfants, je suis très citadine mais j’ai besoin de vert le week-end.

 

TTLB : Parle-t-on de Fantaisie ou de Leçon du Lundi ?  Il y a eu un changement de nom. 

 JG : oui, j’ai changé cette année parce que la « fantaisie » convenait mieux à mes films, ils font sourire et c’est ce que je cherche (plus qu’à donner des leçons !)

 

TTLB :  Votre activité professionnelle a elle-même rapport à l’image ?

JG : je travaille depuis des années avec mon frère qui a une agence de design, Malherbe Paris, et je m’occupe de sa communication visuelle. J’ai beaucoup appris avec lui, notamment sur l’importance du cadre et de l’image.

 

TTLB : La Fantaisie : un trop-plein de créativité à exprimer ?

JG : J’avais besoin de faire quelque chose à moi, sans clients ni contraintes. Et le partager !

 

 TTLB : une Fantaisie chaque lundi, comment tenez-vous ce rythme ?

JG : c’est une gymnastique. Je gère ça beaucoup mieux qu’il y a 2 ans. Mais ça reste compliqué et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle c’est  parfois inégal. C’est l’idée qui est très compliquée à trouver, le reste est assez simple.

 

TTLB : Quand il n’y a pas de trucages !  Comme on peut le voir dans  « Dans Amour il y a Moore ».

JG : j’ai tout appris dans les livres et surtout, comme j’ai peu (pas) de moyens je fais tout en système D. Le trucage ne prend pas plus de temps !

 

TTLB : A la différence d’autres humoristes de plus de 35 ans, qui font rire de leurs déboires de mamans overbookées la tête dans le guidon, se dégage de vous une idée de « nez en l’air », humant l’air du temps pour en restituer en condensé les travers et les dérives.  Etait-ce cela votre moteur pour lancer la Fantaisie ?

Avant de vous laisser répondre, je bémolise ma (longue !) question en signalant la Fantaisie « Charge Mentale » (avec trucage aussi, le fond défilant….)

JG : Il est évident que je me sers de mes expériences personnelles. La vie est compliquée mais si vous faites un pas de côté, vous pouvez rire de tout (c’est souvent ça qui fait tenir)

 

TTLB : Qu’est-ce qui vous amuse en ce moment ? 

JG : alors là je suis sèche. Il fait gris et froid, je m’habille comme un sac parce que j’ai froid, les jours sont trop courts depuis trop longtemps, je suis en plein dossiers pour les inscriptions d’écoles, les vacances sont loin, enfin bon j’arrête là !

 

TTLB : Est qu’est-ce qui vous agace ? 

JG : On en revient à ma réponse précédente ! A part l’éducation nationale, rien ne m’agace vraiment, je ne suis pas quelqu’un d’agacé.

 

TTLB : Revenons-en à la Fantaisie. Comment se passe un tournage ? Avec ou sans aide d’un tiers, ne serait-ce que derrière la caméra ?

JG : Je suis presque toujours seule, je demande parfois à mes enfants de tenir la caméra.

 

TTLB : Véronique Gallo* a commencé sur Youtube après 35 ans. Elle est actuellement pour 4 mois sur scène à Paris, après une tournée, tout en étant auteur et sujet de la pastille « Vie de Mère » sur Téva.
Avez-vous aussi des « ambitions » pour la Fantaisie ? Ou de sortir de la Fantaisie pour d’autres projets ?

 JG : j’aime beaucoup ce que fait Véronique Gallo, je trouve qu’elle a beaucoup de talent et ses textes sont très justes, elle a un vrai style et je la trouve sympathique. Je n’avais pas d’ambition particulière quand j’ai commencé mes vidéos et je suis peu attirée par la scène : m’exposer reste très compliqué, je préfère me planquer derrière une camera ! En revanche, la TV pourquoi pas. C’est en cours.

 

TTLB : Qu’attendez-vous de votre participation au Nikon film Festival ?

JG : Je ne m’attends jamais à grand chose mais en revanche je le fais, ça paie toujours. Je pense qu’on ne gagne pas de concours avec de la comédie alors j’ai pris un sujet qui me tenait à cœur. J’ai été mauvaise élève et j’en ai beaucoup souffert. 30 ans après, ma fille est dans le même cas et rien n’a changé. J’ai eu beaucoup de témoignages de gens dans mon cas, rien que ça c’est bien.

TTLB : Merci Juliane ! A lundi sur Youtube et Facebook !

Retrouvez Juliane sur
. Facebook
. Youtube
.  ou sur son site http://www.juliane.me/ Dans ce cas la vidéo sur laquelle vous aurez cliqué pour la visionner s’affichera en bas de page.

 

N’oubliez pas de la soutenir avant le 24 janvier 2018 pour le Nikon Film Festival, afin que sa création ait plus de chances d’être ensuite retenue par le jury, composé notamment d’Emmanuelle Bercot, Guillemette Odicino, Marie Gillain, Elisha Karmintz, Pierre Niney…

 

Pour clore ce billet, 2 Fantaisies du Lundi parmi mes préférées :

Ah ce rire d’ado ! Ah la chute….!

 

Mais il y en a tellement d’autres !  Regardez Joyeuses Pâques (n° 65 sur le site), Halloween (n° 47), la n° 3 (aux toilettes…). Bref, regardez-les toutes !

(*Retrouvez les interviews de Véronique Gallo de 2017 et 2016)


 

Les Loyautés, Delphine de Vigan

En lisant (d’une traite) « Les Loyautés », Nathalie Riché a pensé à chaque page que ce nouveau roman de Delphine de Vigan pouvait aussi captiver les ados ! Sa chronique :

 

Delphine de Vigan renoue avec le style de ses précédents romans, Les Heures souterraines ou No et moi. Avec Les Loyautés, roman sobre et puissant à la fois, elle explore les failles de l’enfance et touchera un large public, au premier chef, celui des grands adolescents.

 

 

« J’ai pensé que le gamin était maltraité, j’y ai pensé très vite, peut-être pas les premiers jours mais pas longtemps après la rentrée, c’était quelque chose dans la façon de se tenir, de se soustraire au regard, je connais ça, je connais ça par cœur, une manière de se fondre dans le décor, de se laisser traverser par la lumière. Sauf qu’avec moi, ça ne marche pas. Les coups je les ai reçus quand j’étais gosse et les marques je les ai cachées jusqu’au bout, alors à moi on ne la fait pas. »

Hélène, prof de SVT dans un collège parisien, remarque l’attitude étrange d’un de ses élèves de 5e. Une sensation de déjà vu, une empathie intuitive lui dicte que quelque chose cloche chez Théo Lubin. Mais quoi ? Dans les cours qu’elle donne aux 5e B, tout son esprit est tendu vers ce gosse-là, pour tenter de déceler pourquoi son instinct est en alerte. Bien sûr, elle songe à son propre démon, la maltraitance, mais rien ne perce. Pourtant les signes avant-coureurs de décrochage sont là. Elle en parle à d’autres profs, au proviseur… Mais que faire sans preuves ? Le collège n’a pas réponse pour ça. Pourtant, ça la taraude, ça ne la lâche pas… Que faire d’une intuition, à part en faire trop et tomber dans une impasse ?

A douze ans, Théo est un gosse relativement transparent, « silencieux » d’après ses camarades. Hélène semble la seule à avoir perçu qu’il glisse gentiment sur une pente qui peut devenir fatale.
En réalité, Théo boit en cachette des litres d’alcool dans l’enceinte du collège. C’est d’abord un réconfort, se faire des sensations, oublier sa vie, c’est aussi un jeu excitant de braver l’interdit. Il entraîne son unique copain Mathis dans son délire. Mais où s’arrête le jeu quand on en vient à se faire vraiment peur ? Car pour Théo, boire n’est plus un jeu. La vie est un grand malaise coupé en deux pour ce jeune garçon livré à lui-même dont les parents divorcés ne communiquent plus. Il vit en garde alternée une semaine sur deux chez le père et la mère sans que nul ne sache quoi que ce soit des semaines passées chez le père… sauf peut-être Mathis.

La suite de la chronique et les références du livre c’est ici. !

Nos Vacances, de Blexbolex

Nathalie Riché nous fait commencer très joliment 2018 en livrant son dernier coup de coeur : « Nos Vacances » de Blexbolex, Pépite d’Or au dernier Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil – Album publié chez Albin Michel Jeunesse, à partir de 6 ans.

Couronnée de la Pépite d’Or au dernier Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, le nouvel album de Blexbolex, Nos vacances, est un petit chef d’œuvre d’inventivité et de virtuosité qui remue nos émotions. Déjà classique.

Couverture Nos vacances Blexbolex

 

Quel magicien ce Blexbolex !
On ouvre toujours un de ses albums comme un cadeau précieux. Avec ses promesses de rêve, de cocon familier et aussi quelque chose de fragile qui pourrait nous échapper ou nous ravir, selon le temps qu’on y consacre. Car un album de Blexbolex attend patiemment son lecteur. On se souvient de Romance, album déjà récompensé d’une Pépite en 2013, la Pépite « Ovni », parce qu’il ne ressemblait déjà à rien de connu.

Il faut prendre son temps pour goûter toute l’originalité de Nos vacances. Quand on l’ouvre, il fleure bon le grain des vieux illustrés de grand-mère, une imagerie des années 60, et en même temps s’y mêle quelque chose de terriblement contemporain. Car malgré ses airs de sérigraphie, le livre est réalisé à la palette graphique.

 

 Nos vacances Blexbolex

 

Mais comment fait-il ? Pour réussir ce traitement si particulier, cette mise en scène, ce dynamisme dans l’histoire. Il y a quelque chose d’un peu mystérieux pour réussir cet équilibre savant. L’ingrédient indispensable dans la grammaire visuelle de Bernard Granger, alias Blexbolex, c’est le mouvement permanent. En feuilletant l’album qu’on lira et relira maintes fois, on a l’impression que se déroule sous nos yeux un film muet avec ses trains qui défilent à toute vitesse, ses chapeaux qui s’envolent, ses personnages qui traversent les pages, et entre eux, le temps qui s’étire.Les plans se succèdent, plan larges ou rapprochés, vignettes multiples qui enchaînent l’action ou brouillent nos pistes, déroulant une bobine avec plusieurs séquences dans la même page, comme autant de perspectives.

Pas un mot dans cet album. Du silence, du temps vide comme seules savent les fabriquer les vacances. Chacun se racontera son histoire en s’identifiant à l’un ou l’autre personnage. Ce qui frappe au premier abord, c’est ce titre Nos vacances, une promesse heureuse et solaire que vient contredire de suite une forêt au parfum d’automne, des champs de paille jaunis et un ciel bleu-gris chargé de fin d’été. Le ton est donné, ces vacances-là n’auront pas la saveur de la légèreté.

 

 Nos vacances Blexbolex

Une merveille, une vraie merveille !

 

La suite de la chronique…, et une interview de Blexbolex !